Les propriétaires du Café Santropol (de gauche à droite): Garth Gilker, Jennifer Luczynski, James Solkin

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Comment tout a commençé

Partons du début, il y a trente ans.

À l’époque, selon l’homme qui a tout commencé (Garth Gilker), l’idée n’était pas d'ouvrir un restaurant. C’était plutôt d’empêcher que les édifices d’un pâté de maison de la rue St-Urbain ne soient démolis.

Il ne s’agit pas tout à fait d’un conte de fée à propos d’un restaurant banal qui a réussi à se démarquer. Il est difficile d’imaginer le Santropol accoucher de franchises à la manière du Body Shop; même si Garth Gilker, Jennifer Luczynski et James Solkin ont ouvert leur restaurant dans les mêmes années. Par contre, le café Santropol prouve bien qu’une petite entreprise peut avoir un grand impact.

Au début, il y avait Garth Gilker, un homme dans un appartement au milieu d’une série d’édifices en décrépitude appartenant à des religieuses hospitalières. Il s’agit des mêmes soeurs grises de Montréal qui, sous Jeanne Mance, ont fondé le premier hôpital de Montréal, l’Hôtel Dieu, en 1645. L’hôpital est toujours au coin de la rue, mais au milieu des années soixante-dix, plusieurs édifices adjacents ont été démolis. Les édifices au coin des rues Duluth et St-Urbain, où Garth Gilker habitait, étaient les prochains sur la liste.

Garth Gilker, qui s’était établi dans le quartier depuis peu, s’est dit qu’un édifice avec une entreprise vivante en son sein devait être plus difficile à abattre qu’un édifice où rien ne se passe. Le rez-de-chaussée avait été une plomberie prospère , mais le patron est mort laissant derrière lui une famille qui a décidé de fermer boutique. Même si Garth Gilker devait neuf mois de loyer pour son appartement du dessus, il a envahi l’endroit pour aussi peu que 50$ par mois.

Il a commencé avec peu de biens et quelques idées. Il a nettoyé les lieux, tout repeint en blanc, s’est assis dans le petit commerce pendant tout l’hiver et a pensé à ce qu’il y avait à faire. À temps perdu, il a ramassé des meubles plutôt éclectiques dans les ruelles avoisinantes. Le printemps de 1976 venu, il savait ce qu’il voulait faire.

“La ville avait quelques café alternatifs”, dit-il. Avec les universités McGill et UQAM, en plus des autres écoles du quartier, cette partie de la ville, la bordure ouest du plateau Mont-Royal, a toujours eu une très grande population étudiante. Le quartier était mûr pour des restaurants, mais Gilker n’avait pas les moyens d’installer des fours coûteux ou même de l’équipement de cuisine ordinaire. “Nous devions avoir des trucs qui ne nécessitaient pas de cuisson.” Le permis, à l’époque, ainsi qu’à l’heure actuelle, conférait au café le droit de faire bouillir de l’eau seulement. Gilker a commencé avec des sandwiches, des salades et des soupes. Les boulangers du coin apportaient des desserts, des quiches et du pain.

Environ un an après l'ouverture du Café Santropol, James Solkin et Jennifer Luczynski ont joint leur forces à celles de Garth Gilker, et ils forment un trio partenaires en affaires depuis maintenant trente ans.

Le café Santropol s’est fait connaître en tant que restaurant original avec un menu simple et un décor éclectique où l’on se sent à l’aise.

“Nos premiers clients nous venaient de quelques rues d’ici”, dit James Solkin. “Il s’agissait de patients du Allen Memorial. Plusieurs d’entre eux avaient des problèmes psychiatriques. Ils restaient assis pendant de longues périodes en fixant l’horizon par la fenêtre”. Ce n’était pas vraiment la situation idéale pour s’attirer une clientèle plus élargie, mais ces clients ont aidé le café à survivre à un début précaire et ils ont aussi contribué à établir sa réputation d’endroit où n’importe quel représentant de la société peut se sentir bienvenu.

“N’importe quelle analyse du projet aurait préconisé que toute cette idée était vouée à l’échec”, affirme Garth Gilker. “Notre sens des affaires a été la dernière chose que nous ayons apprise”, a ajouté James Solkin. “Pendant les deux premières années, j’ai travaillé comme chauffeur de taxi et comme musicien. Cela a pris cinq ou six ans avant qu’on ne puisse payer les comptes. Pendant des années, sans même le savoir, on a vendu des trucs moins cher que ce qu’ils nous coûtaient”.

À mesure que le café s’établissait, les menaces de démolition se faisaient de plus en plus rares. Les édifices restants font maintenant partie d’une coopérative d’habitation. Plusieurs des soeurs y demeuraient encore jusqu’à récemment. Le restaurant s’est agrandi et peut maintenant accueillir facilement une cinquantaine de personnes.

Le superbe jardin arrière, créé, maintenu et renouvelé périodiquement par Gilker, peut accomoder environ 30 personnes... quand la température le permet. Cette terrasse à été votée à maintes reprises la meilleure de Montréal par les journaux alternatifs locaux, et est extrêmement populaire auprès des touristes, ainsi que des montréalais. On peut s'y asseoir près d'une grande variété de fleurs et de plantes indigènes, sous les arbres, ou autour de l'étang à poissons. Et quand l'air se rafraîchit un peu trop, des calorifères extérieurs sont allumés et des clients peuvent même être aperçus sur la terrasse, sirotant un café latté par un bel après-midi ensoleillé de février...

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